La French de Cédric Jimenez



Casting de rêve, sujet à l’ancienne comme on les aime en France, décors et accessoires choisis avec soin et Marseille comme écrin.
L’histoire est celle du juge Pierre Michel, chargé du grand banditisme à la fin des années 70 et assassiné à l’âge de 38 ans dans les années 80.
Face à ce juge incarné par Jean Dujardin, Gilles Lellouche est le parrain Tany Zampa qui règne sur la drogue à Marseille, la fameuse « french connection ».
Tout d’abord, j’ai peur de voir Jean Dujardin et Gilles Lellouche (deux super potes) ensemble, et peur de ne pas y croire.
La salle quand même bien remplie en ce tout début d’après-midi où je m’installe avec mon fils de 14 ans, me fait douter. Et si… Et si ça fonctionnait ?
Tout d’abord, j’ai du mal à faire abstraction de la complicité des deux acteurs. Je les vois dans leur rôle en représentation voire en surreprésentation. Pourtant les deux personnages ne se rencontrent pas mais leurs vies sont montrées en parallèle et c’est comme s’ils jouaient ensemble.
Tandis que l’un monte en puissance face à la pègre, sabre dans la racaille, à coup d’arrestations, de saisies de drogues, l’autre reste tranquille mais sur le qui-vive mais reste violent.
Une scène réunit les deux personnages, encore à leur apogée tous les deux. Une scène de trop, inutile, juste pour le fun de la rencontre Dujardin-Lellouche. J'ai du mal à y croire. Trop chorégraphiée.
Et puis, petit à petit, le tout prend de la consistance et se met en place. Les personnages autour d’eux commencent aussi à exister comme Céline Sallette (vue récemment dans Géronimo de Tony Gatlif), en femme du juge, juste et crédible. Il y a aussi Guillaume Gouix, presque mutique au début en flic candide et effacé mais qui se révèle, efficace, fidèle et honnête.
Du côté des méchants, il y a toute une clique de « gueules » tout d’abord éparpillées puis qui sortent du lot et prennent leur place autour de Zampa comme Moussa Maaskri habitué du genre. A part se situe Benoit Magimel que je n’ai pas tout de suite reconnu mais qui s’immerge comme s’il n’avait fait que ça (il est loin Momo de Chatilliez !) et c'est une vraie réussite !. Seule Mélanie Doutey, un brin trop jeune, non pas en épouse d’un caïd mais en mère d’un ado, me fait tiquer.
Du coup, le film est pas mal long quand même pour une traque où le travail avec la police américaine est à peine montré et qui finit par mettre à jour les clivages avec les autorités et les pouvoirs politiques en place.
Ainsi donc, c’est bien une relecture puisque fiction il y a, même basée sur des faits existants.
Le rôle du maire de Marseille, Gaston Deferre, tenu par un superbe Féodor Atkine – marquant même court – fait froid dans le dos.
Du coup, malgré les décors vintages, les tenues socquettes-chandail, les livres du club des cinq, la Citroën DS, la moto Triumph, la musique parfois ringarde, l’histoire arrive à être tristement moderne.
Parce qu'aujourd’hui encore, les jeux de pouvoir l’emportent sur nous, commun des mortels.
De même, j’ai été effarée et ça, Cédric Jimenez l’a bien accentué, par le manque absolu de protection des policiers lors d’interventions et l’absence de règles sur les scènes de crime. Et l’impact psycho, n’en parlons pas.
Restent deux acteurs, Jean Dujardin et Gilles Lellouche, qui se la jouent Borsalino mais c’est un plaisir.

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