Le Labyrinthe du silence de Giulio Ricciarelli



Dans l’Allemagne de l’ouest de 1958 qui se reconstruit dans l’insouciance, un jeune procureur ambitieux découvre que d’anciens SS d’Auschwitz vivent sans être inquiétés. Il se lance alors dans une quête qui le mènera à sa propre histoire et à celle de son pays jusqu'au procès d'Auschwitz de Francfort de 1963.
Ce film me fait découvrir une Allemagne méconnue, de celle qui ressemble beaucoup à la France dans le contexte d’après-guerre. Le jeune procureur Johann Ardmann roule en Vespa. Il se saoule et drague les filles, a des amis et a soif de justice. Mais son pays a perdu la guerre et est occupé. Il ne s'occupe que de petits délits. Aussi lorsqu'un bourreau d'Auschwitz est reconnu par un ancien déporté, il se voit confier le dossier. La difficulté est grande car personne ne se revendique nazi (comme en France où personne n’était collabo – seules les femmes ont eu la tête rasée, pas les hommes, aussi comment savoir… -) et ceux qui étaient trop jeunes se vantent d’avoir un père qui est revenu de camp sans avoir été au parti nazi.
De facture classique avec de magnifiques reconstitutions d’époque autant avec les décors, les accessoires que les costumes, j’ai aimé la pugnacité de ce jeune procureur dont le destin s’achemine vers le procès d’Auschwitz à Francfort qui démontre que l’Allemagne reconnaitra ses erreurs et ouvrira les yeux sur ce qui est au-delà du crime de guerre en même temps qu’elle ouvrira les yeux du monde.
Ce qui est aussi intéressant, c’est que le récit ne nous refait pas la guerre mais fait parler les rescapés rapidement à la suite les uns des autres mais en même temps avec une lenteur étudiée soulignée de musique qui permet de s’arrêter sur le procureur et surtout la secrétaire, les larmes aux yeux.
Le récit déclencheur, celui de Simon, qui focalisera Johann sur le médecin Mengele est le plus impressionnant. C'est le prétexte à des séquences oniriques qui trouvent bien leur place dans ce combat de Johann Ardmann qui lui prend tout son temps et tout son esprit. 
Tous les personnages ont leur importance, même les rescapés qu'on n'entend pas parler mais sur des détails - les mains qui se frottent, les yeux qu'on essuie, l'élégance des femmes dans une broche, un foulard - comme si tout devait être fait pour se raccrocher coûte que coûte à la vie.
Ce que va faire le jeune procureur afin de punir justement ceux qui ont délibérément et sans remord donné la mort de façon atroce.
Plus que jamais, ce film universel me rappelle combien le silence et l’oubli des horreurs passées peuvent gangréner tout un peuple et par-delà, l’humanité.

En salles le 29 avril 2015

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