La Loi du marché de Stéphane Brizé



Avec Vincent Lindon
Sous des airs de documentaire, ce film est bel et bien une fiction et Vincent Lindon – quoique toujours surprenant dans ses rôles (voir Pater d’Alain Cavalier) – est ici Thierry, un homme marié qui vient d’être licencié, en formation et à la recherche d’un emploi.
Mais où je redoutais Stéphane Brizé sur de longs temps contemplatifs et sans dialogue comme Quelques heures de printemps, je comprends ici pourquoi Vincent Lindon a eu le prix à Cannes.
D’abord, il faut en rester à cet aspect documentaire peuplé d’acteurs non professionnels et où se balade Vincent Lindon, personnage fictionnel plongé dans un monde, NOTRE monde.
Et c’est la force de ses constatations face à un système toujours plus dominant, destructeur, absurde et broyeur qui rend son personnage si fort.
Lorsqu’il est vigile dans un supermarché, il assiste muet à la mise en accusation de petites gens dont l’humiliation et la détresse grandissent face à la toute puissance d’une logique et d’un système qui les anéantit.
L’intrusion de la caméra est perçue comme l’œil qui se cache et se faufile pour se focaliser sur le personnage de Thierry, impuissant et contraint d’obéir.
Parfois le tout se teinte d’émotions comme avec le professeur de danse qui fait « rocker » Lindon ou quand ce dernier résiste à l’acheteur agressif de son mobil home.
Et dire que j’hésitais encore à y aller et que c’est mon retard qui m’a fait choisir ce film. Mon appréhension venait sans doute de cette langueur chez Brizé et de l’aspect documentaire annoncé mais somme toute, c’est exactement ce qui convient.
Et souvent je me suis accrochée à mes accoudoirs, pleine de haine pour la société que nous bâtissons au détriment de toutes ces minorités que les non-acteurs représentent à la perfection face à un Vincent Lindon, témoin muet mais terriblement présent.
A voir pour Vincent Lindon, bien sûr, mais pas que…

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