La Belle Saison de Catherine Corsini



Avec Izïa Higelin, Cécile de France, Kévin Azaïs

Une jeune fille juchée sur un tracteur hors d’âge retourne les foins comme on le faisait il y a trente ou quarante ans. Et en effet, nous sommes en 1971. Delphine, fille unique de paysans, va travailler à Paris, participer au mouvement féministe et vivre une histoire d’amour avec Carole, une prof d’espagnol libérée.
Izïa Higelin est surprenante après son rôle de fofolle dans Samba et qui, ici, joue tout en retenue, une jeune femme, enracinée dans sa terre, physiquement forte et dure à la tâche mais qui cache un secret.
En effet, elle aime les femmes et découvre en allant à Paris que les femmes peuvent se libérer de leurs carcans et séduit alors Carole, en couple avec Manuel.
Avant tout, c’est une histoire d’amour qui résonne étrangement avec notre époque alors que tant de progrès ont été faits. Les oppositions entre ville et campagne n’effacent pas la condition de la femme, assez semblables.
Les dialogues justes avec des personnages vrais dans un décor soigneusement reconstitué montrent toute l’ampleur de l’avancée en France des préjugés et des idées.
Pour moi qui ai connu cette paysannerie juchée sur des tracteurs inconfortables, encore obligés de faire beaucoup à la main (charger les bottes de foin, traire les vaches, pas de vacances, se lever tôt) mais aussi le bonheur de cette vie qui transparait sur le visage de Delphine qui aime la terre, pas parce qu’elle est obligé mais parce qu’elle est belle, je suis plutôt en phase.
À noter aussi Noémie Lvovsky que j’ai vu plus légère (revoir le génial Camille Redouble), impeccable ici dans le rôle de la mère, soumise, non éduquée, non considérée mais qui peut s’illuminer et aussi Kévin Azaïs que j’avais beaucoup aimé dans les Combattants et qui, ici, taciturne et amoureux, est l’héritage de la domination de l’homme et de ses idées mais qui est aussi la promesse d’un autre avenir.
Catherine Corsini m’a rappelée dans son film combien nous devons à cette génération de femmes – car, à n’en pas douter, il n’est question que d’elles ici et de la place qu’on veut bien leur accorder – à celles de la terre, mais aussi aux militantes joyeuses, engagées, pas trouillardes et convaincues d’être entendues.
Où sommes-nous, aujourd’hui, femmes de tous les combats ?
Ce film est une piqûre de rappel pour tous ceux et celles qui pensent que tout est acquis. Il est aussi, en ce qui me concerne, une ode à l’amour libre, libre d’être vécu, libre d’être comme on le veut, libre de s’engager pour soi et pour la terre.

En salles le 19 août 2015
En raison de (trop ?) nombreuses scènes d’amour très dénudées, je le déconseille aux moins de 13/14 ans (ils ont bien le temps !)

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